SURF
Quand je suis arrivé à Lorient, j’étais bien étonné de voir des gens avec des planches de surf sur les bords des plages Bretonnes ! Je pensais naïvement que les surfeurs, s’ils voulaient s’éclater, le spot était du côté des Landes et de la côte Basque, avec les rouleaux !
J’étais dans l’erreur ! Ici, la planche est reine, que ce soit à Guidel, à Sainte Barbe, à la Torche ! Les disciplines sont nombreuses, il faut faire cohabiter les Wings, les Windsurfer, les Kites !
Moi, dans tout cela, j’ai un caisson étanche, et il me fallait une raison pour le sortir. Me voilà avec mon boiter, prêt à boire la tasse, salée, pour suivre les planchistes !
Photographier les surfeurs implique au moins deux approches distinctes. La première consiste à s’équiper d’un bon téléobjectif, disons un 300 mm, et à rester bien au sec. À l’abri de l’eau salée, ennemie jurée des circuits électroniques et des boîtiers, le photographe capte depuis la plage les prouesses de celles et ceux qui maîtrisent l’art de la glisse, face aux vagues.
La seconde option est plus engagée : assurer l’étanchéité du boîtier grâce à un caisson et se jeter à l’eau. C’est ce choix, plus immersif, que j’ai fait et à travers lequel je vous propose de découvrir la série qui suit.
Tester, se gauffrer, revenir
Les belles images ne se font presque jamais du premier coup, sauf immense coup de chance. Une préparation minutieuse s’impose, car, une fois le boîtier enfermé dans son caisson étanche et l’étanchéité soigneusement vérifiée, il n’est plus question de l’ouvrir.
Imaginez-vous au cœur de la vague, prêt à déclencher… pour réaliser que le capuchon est resté sur l’objectif. C’est bête, mais qui n’a jamais été trahi par ce maudit capuchon ? Les pièges sont nombreux : les écarts de température qui provoquent de la condensation, ou encore les fines gouttelettes d’eau salée qui viennent se déposer sur la lentille frontale.
Il faut alors recourir à des techniques qui peuvent sembler étranges. Si vous croisez un photographe en train de lécher son caisson étanche ou d’y frotter de la wax, rassurez-vous : il ne s’agit pas d’un rituel obscur, mais d’astuces bien connues pour faire perler l’eau et préserver la qualité des images.
Attendre ceux qui attendent
J’aime patauger dans l’eau. Même si, au fond de moi, subsiste toujours cette petite crainte irrationnelle qu’un poisson vienne me croquer les pieds, sans doute un traumatisme d’enfance après avoir vu Les Dents de la mer.
Équipé d’une combinaison en néoprène, d’une cagoule et de palmes de bodyboard, je rejoins les planchistes au large. Les palmes sont précieuses : elles me permettent d’avancer (presque) vite et surtout de ne pas m’épuiser trop rapidement. À vrai dire, je me demande souvent qui brûle le plus de calories : le surfeur sur sa planche ou le photographe dans l’eau. Une séance photo en mer, c’est du sport.
Les surfeurs remontent vers la zone où les vagues se forment, attendent le bon moment, puis, lorsque les conditions s’alignent, se lèvent sur la planche pour se laisser porter vers le littoral.
De mon côté, c’est une autre histoire : la vague m’engloutit, me secoue l’espace d’une seconde… et tout recommence.
Des images iodées
Les images réalisées dans l’eau sont radicalement différentes. La proximité avec le sujet ouvre des perspectives uniques. Les vagues nous élèvent, nous plongent, dissimulent puis révèlent le surfeur au fil de leur mouvement.
Impossible de savoir sur le moment si l’image est réussie. Pour maximiser les chances d’obtenir une série d’images potables (pas comme l’eau… humm je m’égare …), je déclenche beaucoup. J’essaie de réunir les meilleures conditions possibles, mais rien n’est jamais garanti : une mise au point approximative, quelques gouttes d’eau mal placées, ou pire encore, de la condensation à l’intérieur du boîtier peuvent ruiner les prises de vue.
Pour cette série, j’ai utilisé de la wax sur la lentille frontale afin de faire perler l’eau. Cette technique efficace laisse toutefois apparaître un léger voile blanc, qui atténue le contraste des images. Un travail de développement s’impose alors, pour sculpter la matière et révéler l’image finale.